Jean Françon a accompli un cursus complet d’étudiant en mathématique et physique à l’Université de Strasbourg. Recruté au laboratoire de physique nucléaire du CNRS à Cronenbourg, il a découvert l’informatique, qui émergeait à l’époque, en s’occupant du premier «mainframe» du Centre de Calcul et en programmant en Fortran des calculs scientifiques pour la physique. Il a pu ainsi devenir progressivement ingénieur de recherche, fonction qu’il a assurée jusqu’en 1980.
Il a passé une thèse d’État en mathématique à l’Université Louis-Pasteur en 1979 sous le titre « Combinatoire des structures de données ». Son travail portait sur la combinatoire, l’algorithmique et l’analyse d’algorithmes. L’idée de ce type de recherche est d’accroître l’efficacité des algorithmes – on dit aussi de réduire leur « complexité », plutôt que d’augmenter indéfiniment la puissance de calcul des machines, ce qui peut s’avérer très coûteux.
Jean Françon a été nommé professeur d’informatique à l’Université de Haute-Alsace en 1980, puis, en 1985, il a obtenu sa mutation à l’UFR de Mathématique et Informatique de l’Université Louis-Pasteur de Strasbourg. Excellent pédagogue, il y a beaucoup œuvré pour l’indépendance et le développement de la discipline Informatique. Il a milité activement pour la création d’options informatiques à l’intérieur du DEA « Graphique-Images » de l’ENSPS dirigé par P.-L. Wendel. Puis, il a joué un grand rôle dans la création en 1990 du DEA d’Informatique dans l’UFR de Mathématique et Informatique. Il a contribué à promouvoir les activités de recherche informatique au sein d’un Centre de Recherches en Informatique reconnu en 1991 comme Jeune Équipe CNRS. Enfin, en 1994, celui-ci est devenu équipe de recherche en « Informatique Géométrique et Graphique » au sein de l’UMR LSIT, transformée pour l’occasion en LSIIT (Laboratoire des Sciences de l’Informatique, de l’Image et de la Télédétection), UMR CNRS-ULP 1871.
Jean Françon a initié des activités de recherche originales en synthèse d’images liée aux structures combinatoires, avec un développement spectaculaire sur la croissance des plantes, en collaboration avec le CIRAD de Montpellier (Ph. De Reffye). Ces travaux ont satisfait le « test de Turing » consistant à faire passer les images de synthèse de plantes pour des photos. Puis, considérant qu’il est plus naturel de manipuler directement des tableaux de pixels ou voxels avec des nombres entiers plutôt qu’avec des nombres réels (en « virgule flottante »), il s’est ensuite beaucoup investi dans la recherche en géométrie discrète et algorithmique associée. Quelle décomposition en fractions
continue cache une simple droite discrète ? Quelle rotation discrète permet de ne pas perdre de pixel dans une image, c’est-à-dire de ne pas appauvrir l’information ? Comment polyédriser un ensemble de voxels ?
Jean Françon a publié de manière abondante dans les meilleures revues (TCS, GMIP, CGF...) et conférences internationales (Siggraph, ICALP, DGCI ...) avec notamment: « Plant models faithful to botanical structure and development : SIGGRAPH 1988 », le 1er SIGGRAPH de l’équipe IGG. Il a eu bien sûr des collaborations très nombreuses avec des spécialistes de combinatoire, structures de données, algorithmique et géométrie discrète des centres de recherche français et étrangers les plus réputés (INRIA, ENS Ulm, Gipsa-Lab Grenoble...). Sur le plan français, citons : P. Flajolet, G. Viennot, J. Vuillemin, C. Puech, J.-M. Chassery, D. Arquès, A. Montanvert, J.-P. Réveillès… Il a formé à la recherche une grande quantité d’étudiants qui ont ensuite essaimé en France ou à l’étranger, citons : E. Andrès, P. Nehlig, P. Lienhardt, A. Fousse, D. Bechmann, J.-M. Schramm, L. Papier, M. Tajine, J. Shao...
Jean Françon était un chercheur exigeant, jamais satisfait de l’état de ses découvertes, même quand elles se révélaient extrêmement fructueuses. Il remettait concepts de base, théorèmes et algorithmes « cent fois sur le métier », notamment dans des séminaires très suivis. Il était un ardent défenseur de la recherche fondamentale mais n’hésitait pas à mettre les mains dans le « cambouis » des applications si nécessaire. Il restera un exemple pour toute une génération.